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Réinsertion: trois mois au "mitard de la mer"
pour un ex-détenu (MAGAZINE)
Par Patrick FILLEUX
=(PHOTO ARCHIVES)=
PARIS, 26 nov 2009 (AFP) - 5.400 km à la
rame à travers l'Atlantique: Eddy Lesage, un ancien détenu
de 36 ans, va s'infliger une peine de trois mois au "mitard de la
mer", en se lançant en solitaire sur son canot entre les Canaries
et la Guadeloupe pour prouver "qu'un détenu n'est pas marqué
au fer rouge et que la réinsertion est possible".
La persévérance a pris le pas sur le doute. C'est sa seconde
tentative. En janvier 2009, parti de Ténériffe à
bord du même canot de 6,50 m, il avait dû raccrocher les rames
au bout d'une poignée de jours en raison d'une panne de dessalinisateur,
mais aussi parce qu'il était malade comme un chien, complètement
déshydraté et en grande faiblesse à force de vomir
sans rien pouvoir avaler.
"Je prends un nouveau départ car je n'ai pas le droit d'éteindre
la flamme de l'espoir que j'ai allumée chez nombre de jeunes détenus.
Si j'échoue, c'est eux, derrière les barreaux, qui subiront
mon échec", dit-il.
Eddy Lesage, c'est une enfance malmenée avec absence de père
et un beau-père qui le déteste, qui cogne, qui le culpabilise
sans culpabilité et une mère plus à l'affaire dans
son bar que dans l'éducation de son fils. Déscolarisation
à 15 ans, perte de repère, d'identité...
Petits boulots, vie nocturne dans les discothèques, rencontres
interlopes, appât du strass, argent facile qui circule autour de
lui. Il veut être à la hauteur, devenir lui aussi un "affranchi"
Et puis, la coke. Eddy devient un "ami du rail" et autres substances
psychotropes dont il use et abuse et dont il finit par faire commerce.
Mais il ne "tombe" pas pour la drogue, mais pour un "contrat"
qui envoie dans un état grave à l'hôpital un homme
à qui il avait été chargé (par un voyou donneur
d'ordres) d'administrer une sévère correction.
Résultat: 5 ans dont 2 avec sursis pour tentative de meurtre.
Les couleurs de la vie
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Derrière les barreaux, terrassé par le désespoir,
il fait trois tentatives de suicide. Mais un homme vient à sa rencontre.
C'est son sacerdoce. Brice Deymié est l'aumonier protestant de
la prison. Il ne fait pas de morale ni de prosélytisme. Il écoute,
comprend, conseille.
"Comme pour les autres détenus, j'ai tenté de lui faire
découvrir sa potentialité, sa richesse intérieure.
Ce grand affectif -sa qualité et sa faiblesse à la fois-
y est parvenu. Il a pris sa vie en main. Pour lui, la prison a servi à
quelque chose", dit aujourd'hui le pasteur qui hébergea pendant
plusieurs mois Eddy à l'issue de son incarcération.
"J'ai découvert entre les murs de la prison, les couleurs
de la vie", avoue l'ex-détenu.
Et ce sont ces couleurs de la vie qu'il veut transmettre à celles
et ceux qui sont enfermés dans la spirale infernale, délinquance,
prison, récidive.
"A chaque coup de rame, je veux briser un barreau dans la tête
des détenus, leur faire reprendre confiance. Oui, la réinsertion
est possible et je veux en être un symbole en menant à bien
cette aventure, seul sur ma petite embarcation", affirme Eddy Lesage.
Il partira vers la mi-décembre de la petite île Hierro aux
Canaries.
Mais après sa transatlantique, il ne veut pas en rester là.
Il a pour projet d'ouvrir un restaurant dont le personnel sera composé
d'ex-taulards en voie de réinsertion.
"Sa réussite et son témoignage seront déterminants,
estime le pasteur Deymié. Oui, il peut contribuer à sauver
quelques uns de ses anciens compagnons de galère |